Missions canadiennes auprès des Nations Unies dans les Balkans, 1991-2007, Patrick-Aurel Fournier.
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Missions canadiennes auprès des Nations Unies dans les Balkans, 1991-2007
Par Patrick-Aurel Fournier
En 1991, les tensions entre les provinces yougoslaves atteignirent leur paroxysme lorsque la Slovénie et la Croatie proclamèrent leur indépendance de la République fédérale de Yougoslavie (RFY). Suite à ces déclarations, la Yougoslavie sombra dans des années de violence qui aboutirent à la création de six pays indépendants : La Bosnie-Herzégovine, la Croatie, le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Serbie et la Slovénie, ainsi que le Kosovo, territoire contesté, font partie des pays de l'ex-Yougoslavie. Leurs populations ont dû subir les ravages de la guerre civile, l'instabilité économique et les troubles politiques durant la construction de leurs nouvelles nations. En réponse à cette instabilité, l’Union européenne (UE), l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et les Nations Unies (ONU) se sont impliquées dans des efforts de maintien de la paix dans toute l’ex-Yougoslavie, qui fait partie de la région du sud-est de l’Europe connue sous le nom de Balkans.

L’UE a initialement réagi en établissant la Mission de surveillance de la Communauté européenne (Yougoslavie) (MSCE), chargée de protéger les populations civiles en surveillant le cessez-le-feu entre la Slovénie et le reste de la RFY. En tant que membre de l’OTAN et de l’ONU, le Canada a mené l’opération Bolster afin de soutenir cette mission en déployant un total de 72 officiers et personnels de soutien sur une période de quatre ans, de 1991 à 1994.
En février 1992, en raison du conflit persistant entre la Croatie et la Slovénie, l'ONU a créé la Force de protection des Nations Unies (FORPRONU) afin d'assurer la démilitarisation de trois zones protégées par l'ONU en Croatie. En avril, le Canada a contribué un groupement tactique (GT) de 860 fantassins au sein de cette mission. Le Canada a également fourni à la FORPRONU un Régiment du génie, un bataillon logistique et douze contrôleurs aériens avancés. À l'été 1992, le conflit en Bosnie-Herzégovine voisine s'est intensifié. En conséquence, le mandat de la FORPRONU a été étendu à ce territoire à l'automne. Le GT canadien était chargé de sécuriser l'aéroport de Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, et de le maintenir sous contrôle pendant 30 jours. En septembre, un bataillon canadien supplémentaire de 800 militaires a été déployé en Bosnie-Herzégovine.
En mars 1993, l'agression en Croatie avait atteint son paroxysme. En 1991, des rebelles serbes en Croatie avaient proclamé un tiers du territoire croate État serbe indépendant, et les combats pour ce territoire se sont poursuivis sans relâche jusqu'en 1993. Des rapports ont également fait état d'un nettoyage ethnique perpétré par des rebelles serbes contre des Croates et d'autres non-Serbes de la région. En réponse à ces informations, un nouveau groupe de combat de 875 militaires a été déployé afin de contribuer à apaiser l'agression territoriale des Croates et d'éviter toute nouvelle représailles de leur part. Début septembre, près du village de Medak, les forces croates ont pris le contrôle des hauteurs par la force, ce qui a entraîné un cessez-le-feu. Ce cessez-le-feu exigeait l'évacuation des forces croates qui venaient d'occuper ces positions. Or, ces dernières ont délibérément ignoré cette condition. Les forces croates ont délibérément ignoré les exigences du cessez-le-feu. Alors que les Canadiens pénétraient dans la poche de Medak pour faire respecter l'accord et observer le départ des forces croates, ces dernières ont ouvert le feu sur le GT Canadiens depuis leurs positions en hauteur. Après de violents combats tout au long de la nuit, le GT Canadiens a réussi à repousser l'attaque des Croates. Le lieutenant-colonel James Calvin, commandant canadien, tint une conférence de presse d'urgence le lendemain afin de faire pression sur les Croates et de les dissuader de toute nouvelle attaque, ce qui permit finalement aux Canadiens de pénétrer dans la poche de Medak. Au cours de ces combats, les 15 et 16septembre 1993, quatre Canadiens furent blessés.
En 1995, la situation dans les Balkans était toujours aussi confuse qu'au début. Face à la persistance des troubles, l'ONU fut contrainte de restructurer sa mission de la FORPRONU. Le 31 mars 1995, la FORPRONU créa trois opérations de maintien de la paix distinctes dans la région : La FORPRONU en Bosnie-Herzégovine, la Force de déploiement préventif des Nations Unies (FORDEPRENU) en Macédoine et l'Opération des Nations Unies pour le rétablissement de la confiance (ORNURC) en Croatie. Un bataillon d'infanterie canadien a été envoyé pour servir l' ORNURC dans la région de Krajina, avec pour mission de faire respecter un accord decessez-le-feu datant de mars 1994. Cependant, leur aide ne fut pas nécessaire longtemps. Les forces croates attaquèrent et envahirent la région de Krajina,ce qui contraignit les forces de l'ONU, dont le bataillon d'infanterie canadien, à se retirer.

Fin 1995, un traité de paix fut finalement signé pour mettre fin à la guerre enBosnie-Herzégovine, faisant entrevoir une lueur d'espoir pour la paix dans la région. Le traité de paix, connu sous le nom d'accords de Dayton, prévoyait notamment la création par l'OTAN d'une force de mise en œuvre de 60 000 militaires (IFOR) et le lancement de l'opération Joint Endeavour pour aider à la mise en œuvre du traité. Sur une période de deux rotations de six mois, les Forces armées canadiennes (FAC) contribueraient à la mission avec plus de 1 000 soldats, dont des troupes de véhicules blindés, des ingénieurs, de l'infanterie, du personnel médical et de la police militaire. Leur objectif était de superviser le retrait et la séparation des forces qui avaient précédemment participé aux combats, ainsi que d'établir la liberté de circulation des civils dans la région.
Outre le soutien apporté par l'infanterie canadienne au fil des ans, les FAC ont également contribué à d'autres opérations. Durant l'opération Sharp Guard (1992-1993), elles ont notamment fourni des navires de guerre pour le blocus naval de la mer Adriatique organisé par les Nations Unies et l'Union de l'Europe occidentale. Dans les airs, les FAC ont également fourni des pilotes canadiens lors de l'opération Decisive Endeavor (1995-1996), qui ont été chargés d'aider à faire respecter la zone d'exclusion aérienne de l'OTAN au-dessus de la Bosnie pendant l'opération Decisive Endeavor (1995-1996), ainsi que des navires de guerre canadiens lors de l'opération Sharp Guard (1992-1993).

L’IFOR afinalement été remplacée par la Force de stabilisation de l'OTAN (SFOR) en décembre 1996. La SFOR avait pour mission de créer un environnement sûr pour les agences internationales et les autorités locales alors que laBosnie-Herzégovine évoluait vers un pays démocratique. Parmi les 12 000 soldats de l’OTAN engagés dans cette mission, 1 200 étaient Canadiens, effectuant une nouvelle rotation de six mois. Le Canada a également fourni six CF-188 Hornet à l’opération Determined Force, qui s’est déroulée en octobre1998. Ces Hornets furent chargés de faire respecter une autre zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Bosnie. La contribution canadienne passa à 18 Hornets après le lancement par l'OTAN de l'opération Allied Force en mars 1999, visant à contraindre les forces serbes à cesser leurs opérations militaires contre le Kosovo.

Finalement, la situation humanitaire et sécuritaire s'est améliorée au fil du temps, ce qui a conduit l'OTAN à réduire l'ampleur de son engagement dans les Balkans. Fin 2004, les missions de l'OTAN ont été transférées à une mission de l'UE (EUFOR), ce qui a entraîné une réduction encore plus importante de la contribution canadienne. En mars 2007, le Canada a mis fin à sa participation à l'EUFOR. Depuis e début des conflits dans les Balkans en 1991, près de 40 000 militaires canadiens ont servi dans la région dans le cadre d'innombrables missions de soutien à la paix. Malheureusement, 23 membres des Forces armées canadiennesont ont fait le sacrifice ultime dans les Balkans et ont perdu leur vie en tentant de protéger la vie des civils et de défendre la reconstruction et la stabilisationde la région.

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