Les guerres sans vainqueurs : les Casques bleus canadiens redéfinissent leur rôle alors que la Yougoslavie se fragmente. Colonel (ret) John Boileau, 19 juin 2026.

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Les guerresque personne n'a gagnées

Les Casques bleus canadiens redéfinissent leur rôle alors que la Yougoslavie se fragmente

Colonel (ret) John Boileau, le 19 juin 2026

Un membre non identifié du régiment d’infanterie Royal 22e Régiment observe le paysage depuis un véhicule de transport de troupes blindé M113, près d'un avion C-130Hercules des Forces armées canadiennes, à l'aéroport de Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), vers 1992. [Balkans35.ca]

« Si vous voyiez ce que je vois pour l'avenir de la Yougoslavie, cela vous ferait peur. »  À quel point les propos tenus en 1971 par le président yougoslave Josip Broz Tito se sont-ils révélés prophétiques ?

Un peu plus de dix ans après sa mort en 1980, le pays que Tito avait contribué à créer et qu'il avait dirigé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a rapidement sombré dans le chaos de guerres civiles sanglantes. Paradoxalement, le système mis en place par Tito — fondé sur l'égalité entre les six républiques et les deux régions autonomes du pays — a créé les conditions de l'éclatement de la République fédérale de Yougoslavie, à partir de 1991.

Au cours de ces guerres, le monde a découvert une nouvelle expression : « nettoyage ethnique » — traduction littérale du terme serbo-croate « etničko čišćenje,» désignant le déplacement forcé de groupes ethniques, raciaux ou religieux hors d'une zone donnée. L'éclatement de la Yougoslavie a entraîné d'atroces violations des droits de la personne et la mort de quelque 140 000 personnes.

Les forces de pays européens, des Nations Unies et de l'OTAN ont pris part à diverses tentatives visant à prévenir le nettoyage ethnique. Le Canada y a participé dès le début en déployant des membres des Forces armées canadiennes ainsi que des policiers civils. À une certaine période, jusqu'à 2 000 membres du personnel des FAC étaient déployés dans ce pays ravagé par la guerre.

L'éclatement de la Yougoslavie a débuté le 25 juin 1991, lorsque les républiques de Slovénie et de Croatie ont proclamé leur indépendance. Deux jours plus tard, l'Armée populaire yougoslave (JNA) est entrée en Slovénie. Des combats acharnés ont suivi pendant les deux semaines suivantes, mais les milices slovènes ont fini par vaincre la JNA.

Des représentants de la Communauté européenne (précurseur de l'Union européenne) ont négocié un cessez-le-feu et mis en place la Mission d'observation de la Communauté européenne en ex-Yougoslavie en juillet 1991. Le 1er septembre, l'accord a été étendu pour inclure le retrait de la JNA de Croatie.

Des chars yougoslaves traversent la Slovénie (ci-dessus) peu après la proclamation de l’indépendance de la république, le 25 juin 1991. [MDN/BAC/4113927]

Dans le cadre de l’opération Bolster, les FAC ont déployé dix officiers observateurs et deux membres du personnel de soutien lors de chacune des six rotations effectuées entre septembre 1991 et la fin d’août 1994. Les officiers canadiens occupaient une proportion importante des postes de supervision, notamment au quartier général de la mission d’observation à Zagreb (Croatie) et dans les centres régionaux.

Dans le numéro de juillet 1993 de la Revue du Génie maritime, le capitaine de corvette Bryan Leask a relaté son expérience de la mission. Dans la magnifique cité médiévale fortifiée de Dubrovnik, en Croatie, une famille locale avait invité son équipe chez elle ; pourtant, « il était triste de constater, à l’attitude des enfants, qu’une nouvelle génération de haine était en train de naître. »

Le colonel Fred Noseworthy a pris part à la mission entre septembre 1992 et avril 1993, cumulant les fonctions de chef des opérations et de commandant du contingent canadien. Dans une récente entrevue par courriel accordée à Revue Légion, il a fait remarquer : « Le rôle du Canada en ex-Yougoslavie, en particulier au début du ou des conflits, a mis à rude épreuve son identité et son héritage de maintien de la paix — dont il tirait jusqu’ alors une grande fierté — en révélant les limites des approches traditionnelles de résolution des conflits face à un affrontement ethnique d’une brutalité sauvage. »

« Et pour être honnête, » poursuivit Noseworthy, « nous n’étions pas aussi bien préparésà ce que nous rencontrions au quotidien que ce serait le cas aujourd’hui… des leçons ont été tirées, mais le syndrome de stress post-traumatique est devenu beaucoup trop fréquent chez ceux qui sont revenus. »

Au milieu de l’année 1994, le Canada s’est retiré de la mission d’observation en raison de ses engagements croissants envers l’ONU.

En raison du conflit en cours, la Force deprotection des Nations Unies (FORPRONU), composée de 12 bataillons, d'unités de soutien et d'une police civile, a été mise sur pied en février 1992. Sa mission consistait à garantir la démilitarisation de trois zones protégées par l'ONU en Croatie.

Le brigadier-général canadien Lewis MacKenzie (qui allait bientôt être promu major-général) occupait le poste de chef d'état-major de la force de l’ONU. Fort de l'expérience acquise lors de plusieurs missions de maintien de la paix antérieures, MacKenzie constituait un choix idéal, car ni le commandant de la force — un lieutenant-général indien — ni son adjoint — un major-général français — ne possédaient d'expérience préalable au sein de l'ONU.

À la consternation des trois officiers supérieurs, l’ONU ordonna à la force d’établir son quartier général à Sarajevo, la capitale de la Bosnie-Herzégovine, alors même qu’elle était déployée en Croatie, à des centaines de kilomètres de là. Cette décision était absurde. Elle offrit toutefois à MacKenzie l’occasion d’apparaître dans les foyers du monde entier lors des journaux télévisés du soir.

En avril, les FAC fournirent un groupement tactique de 860 fantassins basés au 1er Bataillon du Royal 22e Régiment, renforcé par la compagnie « N » du 3e Bataillon du « Royal Canadian Regiment. » Ces deux unités appartenaient au 4e Groupe-brigade mécanisé du Canada, basé en Allemagne.

Connue sous le nom de CANBAT, l’unité gérait des points de contrôle, effectuait des patrouilles et surveillait les activités des forces militaires adverses. Les FAC ont également déployé un régiment du génie d’avril 1992 à mars 1993, un bataillon de logistique de septembre 1992 à mars 1995, ainsi que 12 contrôleurs aériens avancés de juillet à novembre 1993. Ces deux derniers éléments ont par la suite été intégrés au groupement tactique.

« Ce cercle vicieux de représailles constituait l’un des problèmes majeurs de ce conflit en particulier. »

Le brigadier-général canadien Lewis MacKenzie a servi en tant que chef d’état-major de la Force de protection des Nations Unies. [CWM/20180249-007]

Une évacuation médicale à une base canadienne en Croatie. [Langevin Jacques/Sygma/Getty/Images/607444736]

En juin 1992, le conflit s'intensifia et s'étendit à la Bosnie-Herzégovine voisine lorsque Sarajevo fut la cible d'attaques soutenues de la part des Serbes. MacKenzie convainquit ses supérieurs d'élargir le mandat et de renforcer les effectifs de la FORPRONU afin d'assurer la sécurité et le maintien en activité de l'aéroport de la ville. Cette mission comprenait également l'acheminement d'aide humanitaire dans la région.

Il a fallu 48 heures au CANBAT pour achever son déploiement à Sarajevo, après avoir été retenu une journée entière par les forces croates. Une fois dans la capitale ,le bataillon a dû faire face à de nouvelles difficultés dans ses relations avec les Serbes et les Bosniaques. MacKenzie a passé des heures à faire la navette entre les deux camps, tentant de convaincre les belligérants de ne pas tirer les uns sur les autres, ni sur les soldats de l'ONU ou le personnel humanitaire.

« Ce cercle vicieux de représailles constituait l’un des problèmes majeurs de ce conflit en particulier», a noté MacKenzie dans son ouvrage «Peacekeeper: The Road toSarajevo. »  Il a mis à profit le pouvoir des médias pour tenter de mettre dans l’embarras les Serbes et les Bosniaques, en les plaçant face à leurs responsabilités, à respecter les accords qu’ils avaient signés. Cette stratégie a porté ses fruits dans une certaine mesure, mais les tirs de snipers et les bombardements sporadiques demeuraient une menace constante.

Entre 1992 et 2010, quelque 40 000 Canadiens ont servi dans la région de l’ex-Yougoslavie ; une poignée d’entre eux sont encore en poste au Kosovo aujourd’hui.

Le colonel canadien Michel Maisonneuve (ci-dessus) a occupé le poste de chef des opérations au quartier général de la Force de protection des Nations Unies. [pk75.ca]

Plus tard cette même année, la mission de l’ONU s’est étendue à la Bosnie. Le Canada a fourni un second groupement tactique, désigné CANBAT II, ​​composé d’un bataillon d’infanterie mécaniséeet d’un escadron de blindés rattaché. Ce groupement a été déployé à Visoko, en Bosnie-Herzégovine, une véritable poudrière où les trois factions belligérantes se disputaient le contrôle.

L egroupement tactique a éprouvé des difficultés à faire passer les convois d'aide, ce qui a contraint le Quartier général de la Défense nationale (QGDN) à en modifier la composition en novembre 1993 pour y inclure deux escadrons de blindés, une compagnie d'infanterie mécanisée et une compagnie du génie.

Malgré la présence de troupes de l'ONU, les belligérants ont continué à s'affronter par des tirs de snipers, des bombardements et des attaques directes. Les forces serbes ont pris des Canadiens en otage à deux reprises, les soumettant notamment à des simulacres d'exécution. En Croatie, les forces serbes de la Krajina ont bombardé les positions de l'armée croate depuis les hauteurs situées près de Medak. Le 9 septembre, les forces croates ont lancé une opération pour s'emparer de cette position. Plusieurs jours de combats intense sont suivi avant qu'un nouveau cessez-le-feu ne soit conclu. L'accord imposait à tous les belligérants de se retirer de la « poche de Medak », dont les unités croates s'étaient emparées.

Le premier Canadien à perdre la vie dans l’ex-Yougoslavie fut le sergent Mike Ralph, un sapeur de combat de la base des Forces canadiennes de Gagetown, au Nouveau-Brunswick. Le 17 août 1992, le sergent Ralph retourna vérifier un champ de mines croate qui avait été déminé la veille. Alors qu’il conduisait un camion dans la zone, le véhicule heurta une mine et il périt dans l’explosion qui s’ensuivit. La nouvelle bouleversa les Canadiens ; les soldats de la paix n’étaient pas censés mourir du fait des actions des populations qu’ils tentaient d’aider. Le pont Sgt. Ralph, situé dans la zone d’entraînement de Gagetown, ainsi que la rue «Mike Ralph Way» à Calgary (ci-dessus),ont été nommés en son honneur. Vingt-deux autres Canadiens ont perdu la vie dans la région avant la fin des diverses missions. [ACC]

Le colonel (devenu par la suite lieutenant-général) Michel Maisonneuve était chef des opérations au quartier général de la FORPRONU. Avec un collègue français, il avait élaboré l'accord sur la poche de Medak, tout en sachant qu'il faudrait déployer des forces pour le mettre en œuvre.

« De toutes les forces disponibles… les deux groupements tactiques canadiens figuraient parmi les rares unités — issues des 29 pays contributeurs de troupes — que je pouvais déployer dans n’importe quel scénario exigeant, » a déclaré Maisonneuve à Revue Légion.

« Les Britanniques, les Français et les Canadiens », a-t-il poursuivi, « avaient déployé de véritables groupements tactiques… équipés et entraînés pour le combat interarmes conventionnel. »

Maisonneuve a recommandé au commandant de la FORPRONU de déployer dans le nord de la Croatie le groupement tactique nouvellement arrivé du 2e Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (2PPCLI), ainsi que deux compagnies mécanisées françaises. Ce dernier a donné son accord.

Le 15 septembre, la FORPRONU a ordonné au 2e bataillon du PPCLI (dont 44 % des effectifs étaient des réservistes), avec un soutien français, de pénétrer dans la poche de Medak et de superviser le retrait. Les Croates ont pris les forces de l'ONU pour cible à l'aide de mitrailleuses et d'artillerie afin de tenter de les repousser. Mais les « Patricias » sont restés. Ils ont établi une position fortifiée, riposté aux tirs et repoussé des attaques nocturnes croates au cours d'un affrontement de 16 heures.

Lorsque le commandant croate comprit que les Canadiens et les Français ne bougeaient pas, il accepta un cessez-le-feu et un retrait. Toutefois, le 16 septembre, les Croates bloquèrent les Canadiens à un point de contrôle lourdement fortifié alors que ces derniers tentaient de pénétrer dans la poche.

Le lieutenant-colonel Jim Calvin, commandant du régiment des « Patricias », a tenu une conférence de presse improvisée au cours de laquelle il a accusé les Croates de vouloir dissimuler quelque chose. Vers 18 heures, les Croates se sont retirés. Lorsque les Canadiens ont finalement pénétré dans la poche, il sont découvert des preuves d'un nettoyage ethnique perpétré par les Croates à l'encontre des Serbes locaux. Toutefois, l'intervention des Canadiens avait permis d'éviter d'autres pertes en vies humaines.

Des habitants se mettent à l'abri derrière un véhicule blindé de l'ONU à Sarajevo en 1993. [Danilo Krstanovic/Reuters/Alamy/2D1GJ5]

L'ancienchef d'état-major de la Défense, Wayne Eyre, était alors capitaine et commandait la section de reconnaissance du 2e bataillon du PPCLI. Il a mené ses soldats dans le village rasé de Licki Citluk. Au cours des heures suivantes, Eyre et ses hommes ont découvert plusieurs corps mutilés. Aucun Serbe n'a été retrouvé vivant dans le village.

« La fumée, les flammes : c’est quelque chose que je n’oublierai jamais », a déclaré Eyre à la CBC/Radio Canada en 2023.

Le gouvernement canadien n’a pas médiatisé cet affrontement à l’époque, car il heurtait la perception publique du maintien de la paix. Pourtant, cet accrochage a fait quatre blessés parmi les Canadiens et a constitué l’épreuve la plus rude à laquelle les soldats du pays ont été confrontés entre les conflits de la Corée et de l’Afghanistan.

Ce n’est qu’en 2002 que des informations sur la bataille ont commencé à faire surface. Ce processus a abouti à l’attribution, pour la toute première fois, de la Mention élogieuse du commandant en chef pour une unité au bataillon. Dans une allocution, la gouverneure générale Adrienne Clarkson a déclaré : « Vos actions furent tout simplement héroïques et pourtant, votre pays ne les a pas reconnuesà l’époque. »

En mars 1995, le Conseil de sécurité de l'ONU a restructuré la FORPRONU en trois opérations distinctes mais liées. La FORPRONU est demeurée en Bosnie-Herzégovine, tandis que l'Opération des Nations Unies pour le rétablissement de la confiance en Croatie et l'Opération Force de déploiement préventif des Nations Unies en Macédoine étaient créées. Ces trois missions opéraient sous un nouveau commandement interarmées de théâtre basé à Zagreb (Croatie), désigné sous le nom de Quartier général des forces de maintien de la paix des Nations Unies (UNPF-HQ).

À la mi-juillet 1995, l'un des pires incidents de la guerre s'est produit lorsqueles forces serbes de Bosnie ont rassemblé plus de 8 000 garçons et hommes musulmans bosniaques pour les exécuter à Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine.

Le colonel Rick Hillier (devenu par la suite général et chef d’état-major de la Défense) occupait alors le poste de directeur des opérations au quartier général de la Force de protection des Nations unies (FORPRONU). « Au lendemain de Srebrenica, il est apparu avec une évidence accablante que l’approche des Nations unies face à la crise était dysfonctionnelle et que sa présence n’était tolérée par les belligérants que tant que chacun pouvait l’instrumentaliser à des fins partisanes », tel qu’écrit dans son livre, « A Soldier First : Bullets, Bureaucrats and the Politics of War. »

Cette atrocité a agi comme un catalyseur pour l'intensification des efforts de l'OTAN visant à mettre fin à la guerre en Bosnie et a conduit à la signature des accords de Dayton en décembre 1995. L'OTAN a lancé l'opération Joint Endeavour pour garantir le respect de ces accords. Il s'agissait du premier déploiement de l'Alliance en réponse à une crise ; il a abouti à la mise en place de la Force de mise en œuvre (IFOR), une force lourdement armée de 60 000 hommes qui a opéré pendant un an.

La plupart des membres de l'OTAN, ainsi que quelques pays non membres — notamment la Russie, — ont contribué à l'IFOR. Opérant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, les règles d'engagement de l'IFOR autorisaient le recours à la force létale pour atteindre les objectifs du mandat. Le quartier général de l'UNPF a été progressivement dissous en janvier 1996, suite à la création de deux nouvelles missions des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine et en Croatie, ainsi qu'à l'évolution positive de la situation en ex-Yougoslavie.

« Au lendemain de Srebrenica, il est apparu avec une évidence accablante que l’approche des Nations unies face à la crise était dysfonctionnelle. » 

Des enfants orphelins se tiennent devant le portail d'une enceinte de la Force de protection des Nations unies à Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine. [Betastock/Alamy/2A3WB7K]

Peu après la création de l’IFOR, le Canada a annoncé qu’il y contribuerait en fournissant des soldats : deux rotations de six mois impliquant environ 1 000 militaires, intégrés à une brigade multinationale placée sous commandement canadien. Baptisée « opération Alliance, » cette mission a marqué le premier déploiement opérationnel d’un quartier général de formation canadien depuis la guerre de Corée. Fait peut-être plus marquant encore, il s’agissait de la première mission d’envergure depuis l’affaire de la Somalie, ce scandale lié au maintien de la paix survenu en 1993.

La première rotation était assurée par le 2e Groupe-brigade mécanisé du Canada, basé à Petawawa (Ontario) et commandé par le brigadier-général Bruce Jeffries (promu par la suite au grade de major-général). Parmi ses nombreuses tâches : assurer la liberté de mouvement, superviser le retrait et la séparation des belligérants, patrouiller le long des lignes de cessez-le-feu et superviser l'enlèvement des mines terrestres et des munitions non explosées.

C econtingent était désigné sous le nom de 2e Brigade multinationale canadienne (2CAMNB). Il comprenait un quartier général de brigade et un escadron de transmissions, un escadron de reconnaissance blindée, une compagnie d'infanterie, un escadron du génie, un élément de soutien national, un centre chirurgical avancé ainsi qu'un peloton de police militaire. La compagnie d'infanterie intégrait également un peloton d'armes d'appui, doté de mortiers, de missiles antichars, de sapeurs de combat et d'éléments de reconnaissance.

Sur le théâtre d'opérations, Jeffries a regroupé la compagnie d'infanterie avec un régiment blindé britannique pour former un groupement tactique de petite taille mais puissant. Les Canadiens ont été intégrés à la Division multinationale Sud-Ouest, placée sous le commandement de la 3e division (R.-U.). Un bataillon d'infanterie mécanisée tchèque est venu compléter le 2 CAMNB.

Jeffries a souligné auprès de Revue Légion, deux composantes clés du 2 CAMNB : le génie et la police militaire. Il a qualifié les premiers de « couteaux suisses du métier des armes, » capables de réparer, de construire, de protéger, de détruire, de maintenir la mobilité et d’agir comme de l’infanterie lorsque la situation l’exige.

De son côté, la police militaire « a accompli une multitude de tâches tout en faisant preuve d’économie de moyens. Son utilité était telle que j’ai demandé au QGDN d’augmenter nos effectifs de deux sections supplémentaires. » Cette demande a été approuvée.

Lorsque la mission de six mois du 2e CAMNB a pris fin, celui-ci a été remplacé par des unités du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada, basé à Valcartier (Québec). Par ailleurs, des navires canadiens ont appuyé l’IFOR en participant à un blocus naval en mer Adriatique, tandis que des Canadiens intégrés à la Force aéroportée de détection et de contrôle de l’OTAN ont contribué à faire respecter une zone d’exclusion aérienne.

Lorsque l'IFOR a pris fin en décembre 1996, l'OTAN l'a remplacée par une Force destabilisation (SFOR). La SFOR était une autre opération multinationale visant à instaurer une paix durable en Bosnie-Herzégovine et à transférer ses responsabilités à une force de l'UE. Elle a contribué à maintenir un environnement sûr et à faciliter la reconstruction du pays après la guerre dévastatrice de 1992-1995.

Les caporaux canadiens Darrell Houle et Daniel Proulx montent la garde à une base canadienne en Croatie. [MDN/ACC/balkans35.ca]

La contribution globale du Canada à la SFOR, désignée sous le nom d'opération Palladium, mobilisait 1 200 Canadiens. Le contingent national portait le nom de Force opérationnelle Bosnie-Herzégovine. Son quartier général et sa base de soutien étaient tous deux situés à Velika Kladuša, une ville du nord-ouest de la Bosnie-Herzégovine, près de la frontière croate. Les unités des FAC assuraient une rotation tous les six mois.

Le lieutenant-colonel Tim Grant (devenu par la suite major-général) a commandé le groupement tactique Strathcona au sein de la SFOR, de l'automne 1997 au printemps 1998. L'entraînement préalable au déploiement au Canada s'était déroulé avec succès, à l'exception de celui des équipes de Coopération civilo-militaire (COCIM). Toutefois, avant son déploiement outre-mer, le groupement tactique avait été envoyé à Winnipeg pour prêter main-forte lors d'inondations majeures dans la région.

Grant a déclaré à Revue Légion qu’au cours de cette expérience, ses équipes COCIM « ont fait leurs preuves en nouant des liens avec des responsables politiques et des intervenants de première ligne dans toute la ville, ce qui m’a permis de déployer des forces là où les besoins étaient les plus criants. » En fin de compte, a ajouté Grant, « cette expérience était exactement ce dont les équipes COCIM avaient besoin pour confirmer qu’elles étaient prêtes à être déployées. »

Le groupe opérationnel canadien faisait partie de la Brigade multinationale Nord-Ouest. Le quartier général de la brigade était situé à Banja Luka, et le commandement de la brigade alternait entre les trois pays contributeurs : le Canada, le Royaume-Uni et les Pays-Bas.

Le 24 mars 1999, l’OTAN a lancé l’opération Allied Force, une campagne aérienne de 78 jours visant à contraindre la Serbie à cesser ses actions militaires contre l’Armée de libération du Kosovo, alors que les opérations serbes avaient provoqué une crise humanitaire dans cette région sécessionniste. Le Canada a fini par déployer 18 CF-18 Hornet, qui ont effectué un total de 678 sorties de combat dans le cadre de cette mission.

Une fois les opérations aériennes terminées, les soldats ont été chargés de faire respecter le cessez-le-feu et l'OTAN a mis sur pied la Force pour le Kosovo (KFOR) le 10 juin, au Kosovo et en Macédoine. La contribution du Canada a été désignée sous le nom d'opération Kinetic. Le contingent canadien pour la Force pour le Kosovo comprenait un groupement tactique d'infanterie, un escadron de reconnaissance blindée, un escadron du génie de campagne et un escadron d'hélicoptères tactiques, ainsi que des éléments nationaux de commandement et de soutien.

La mission de la KFOR consistait à faciliter le retour en toute sécurité des réfugiés et à leur fournir une aide humanitaire immédiate. La force opérationnelle Kosovo a mené des opérations de patrouille et d'observation et a apporté son aide. Les FAC ont effectué deux rotations de six mois entre juin 1999 et juin 2000 avant que la force opérationnelle Kosovo ne cesse ses activités.

En septembre 2000, le major-général Hillier a pris le commandement de la Division multinationale Sud-Ouest de la SFOR, forte de 4 000 soldats de l’OTAN. Le jugement sévère qu’il portait sur l’ONU depuis les événements de Srebrenica s’est trouvé renforcé en Bosnie ; Hillier a noté « l’incapacité de l’organisation à accomplir quoi que ce soit, si ce n’est consommer des ressources et gêner ceux qui tentaient réellement de faire quelque chose… »

« L’ONU, » a-t-il poursuivi, « n’aurait pas pu faire pire qu’elle ne l’a fait en Bosnie. »

Une fois que l’OTAN a mené à bien la mise en œuvre des volets militaires des accords de Dayton en 2004, l’opération de stabilisation est devenue une mission de l’Union européenne, que le Canada a quittée en 2007. D’autres missions de moindre envergure ont été mises en place dans la région ; les FAC y ont également contribué en fournissant du personnel et des ressources. Entre 1992 et 2010,environ 40 000 Canadiens ont servi dans la région de l’ex-Yougoslavie, et une poignée d’entre eux y travaillent encore aujourd’hui, au Kosovo.

Lorsque le général français Jean Cot commandait la force de protection initiale de l’ONU dans la région, il demandait souvent au chef des opérations, le Canadien Michel Maisonneuve, ainsi qu’aux hauts responsables canadiens en visite, pourquoi le Canada participait à cette mission. « Parce qu’un Canadien a inventé le maintien de la paix », répondit Maisonneuve, « et que nous sommes de bons citoyens du monde qui assument leur part de responsabilités. »

Colonel (ret) John Boileau
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Mission des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine (MINUBH)

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