FORPRONU, Observateurs Militaires des Nations Unies (OMNU), en Croatie, en Bosnie, en Serbie et en Macédoine, de juillet 1992 à juillet 1993. Wayne Nightingale
AVERTISSEMENT : En raison de la nature du conflit et des opérations dans les Balkans, certaines de ces histoires d'anciens combattants peuvent contenir du contenu graphique ou troublant. Veuillez faire preuve de discrétion. Si une histoire nuit à votre santé mentale, envisagez de demander de l'aide en consultant les organismes énumérés dans la section Ressources de ce site Web.
Je m'appelle Wayne Nightingale, major (à la retraite), CD. J'ai servi comme Observateur Militaire des Nations Unies (UNMO) dans la mission PROFORNU de juillet 1992 à juillet 1993.
David MacDonald a déjà présenté un excellent aperçu des rôles et responsabilités des Observateurs Militaires des Nations Unies (UMNO) dans son article intitulé « FORPRONU, Observateurs Militaires des Nations Unies (UMNO), en Croatie, en Bosnie, en Serbie et en Macédoine. » Je ne reprendrai pas son travail ici, mais je partagerai quelques éléments de contexte liés à mes expériences et souvenirs dela mission, inspirés par mon journal, mes photos et mes vidéos – dont la plupart sont restées dans une boîte pendant plus de 30 ans.
J'ai inclus des liens vers « Google Maps » pour la plupart des lieux. Les photos et captures d'écran servent à illustrer les lieux. Ces captures d'écran proviennent de vidéos que j'ai filmées avec ma « Sony Handycam Video8 » et que j'ai numérisées récemment. La qualité n'est donc pas optimale, surtout pour les plans d'intérieur. J'essaierai de mettre les vidéos originales en ligne, mais je vous conseille de prendre une Gravol avant de regarder les extraits filmés avec mon téléphone, car les routes étaient assez accidentées et la caméra ne disposait pas de stabilisation.
Sarajevo (1ère tournée) : Équipe Papa
Les Observateur Militaire des Nations Unies (UNMO) étaient affectés pour une période de 12 mois, et la pratique au sein de la FORPRONU consistait à muter le personnel dans un nouveau secteur environ tous les trois mois. Après quelques jours de formation à Zagreb fin juillet 1992, ma première mission sur le terrain fut dans le secteur de Sarajevo, où j'ai exercé des fonctions d'observateur général, puis de responsable logistique au sein de l'équipe Papa, à l'intérieur de la ville assiégée.
L'équipe Papa gérait cinq postes d'observation (Papa 1 à Papa 5), et un sixième ayant été ajouté vers la fin de 1992. Le QG de Papa était situé dans le bâtiment de la Direction des chemins de fer, à côté de l’édifice de la Présidence. Les observateurs de l'équipe Lima étaient déployés dans les zones contrôlées par les Serbes de Bosnie autour de la ville, leur quartier général se trouvant à Lukavica. Le QG du secteur Sarajevo de l'UNMO était situé dans la ville, dans le bâtiment des Postes, Télégraphes et Téléphones, avec le QG du secteur de la FORPRONU.
Chaque poste d'observation comptait généralement trois ou quatre observateurs de l'UNMO, qui se relayaient pendant cinq jours. Chaque observateur arrivait à tour de rôle afin d'assurer la continuité des opérations. Originaires du monde entier, ils représentaient une occasion unique d'échanger avec eux et d'apprendre à leurs côtés.
Figure 1 - Reportage depuis Papa 5 surplombant l'aéroport de Sarajevo, août 1992. Il est rapidement devenu nécessaire de renforcer le poste d'observation avec des sacs de sable en raison des bombardements intensifs dans la zone.

Figure 2 -Réparation du générateur (encore une fois) à Papa 5 – août 92.
Les interprètes constituaient un élément important des équipes. Ils fournissaient des services de traduction essentiels et un contexte culturel et historique, tout en subissant les mêmes conditions et les mêmes risques que les équipes d’UNMO chargées des opérations de recherche (voire davantage). La plupart étaient des étudiants universitaires d'une vingtaine d'années, pris dans un conflit dont les racines appartenaient à l'histoire ancienne pour eux. Ils ne se considéraient ni comme Serbes, ni comme Croates, ni comme Musulmans ; ils étaient des Sarajéviens cosmopolites. Nombre d’entre eux auraient pu quitter Sarajevo, mais choisirent d’y rester pour la défendre d’une manière ou d’une autre. Apprendre l’importance des bons interprètes et autres ressources locales a été une expérience que j’ai mise à profit dans ma seconde carrière dans le secteur humanitaire en Afrique et en Asie.
Le premier mois en tant que mission de l'ONU à Sarajevo a été une période d'apprentissage intense. Comme d'autres l'ont souligné, cette mission était très différente des autres missions des Nations Unies. Rien qu'en 1992, on a dénombré cinq accords de cessez-le-feu distincts, tous violés par les belligérants, portant à trente le nombre total d'accords de cessez-le-feu non respectés avant l'entrée en vigueur de l'Accord de Dayton en 1995.
Sarajevo était constamment bombardée et ses défenses testées, les UNMO signalant des centaines, voire des milliers d'impacts presque quotidiennement dans la ville. Certains de ces impacts sont survenus sur nos positions Papa ou à moins de 100 mètres de celles-ci. Les SITREPs que nous envoyions pour signaler les bombardements comportaient une ligne où nous indiquions la certitude du lieu d'impact et, si possible, la source. Cette ligne indiquait généralement « Grille d'impact 123456 - UNMO confirmé - vu » ou « UNMO confirmé -entendu ». Parfois, elle indiquait « UNMO confirmé - ressenti ».

Figure 3 -Un obusier de 105 mm M101. Une des armes que nous surveillions. Juillet 1992
À l'époque, les moyens de transport de l'UNMO étaient des jeeps UAZ de fabrication russe et des Volkswagen Golf produites localement. Les UAZ étaient tristement célèbres pour leurs problèmes de noyage du carburateur et prenaient parfois feu. Leur puissance était tellement insuffisante que nous devions parfois faire marche arrière dans les côtes les plus raides pour atteindre nos postes d'observation.
Les Golf étaient fabriquées localement et faciles d'entretien. Cependant, l'usine « Tvornica Automobila Sarajevo (TAS) » avait cessé sa production début 1992 et les pièces détachées étaient difficiles à trouver. À plusieurs reprises, nos Golf de l'ONU ont été ciblées pour le vol de pièces détachées. Par exemple, le 17 septembre, nous nous sommes réveillés au QG de Papa et avons constaté que le pare-brise de la voiture avait disparu. Elle était restée garée toute la nuit à la vue de tous, sous le regard du poste de police. La radio, la roue de secours, le jerrican d'eau, le carburant et les autres objets étaient intacts. Il semblerait que quelqu'un ait simplement eu besoin de changer son pare-brise. Bien sûr, un rapport a été établi, mais il ne fait aucun doute que cet incident n'a même pas été pris en compte par les services d'urgence. Personnellement, j'ai été impressionné par cette audace et cette prévenance de nous avoir laissé de l'eau et une roue de secours. Nous avons dû rouler avec cette Golf sans pare-brise pendant environ une semaine avant d'obtenir un véhicule de remplacement.
Les Golfn' offraient qu'une protection limitée contre les tirs d'armes légères ou d'artillerie et furent finalement remplacées par des Nissan Patrol et des GMC Suburban blindés. Un certain nombre de Golf civiles se retrouvèrent chargées sur des camions militaires lorsque certains bataillons achevèrent leur mission et quittèrent la ville pour rejoindre leur pays d'origine.
Les permissions étaient toujours une pause bienvenue et fin août, je suis allée à Pula avec quelques-uns des UNMO norvégiens pendant quelques jours (mon foie ne me l'a jamais pardonné). À notre retour à Zagreb le 3 septembre pour prendre notre vol pour Sarajevo, nous avons appris qu'un Hercules de l'armée de l'air italienne avait été abattu lors de son approche de l'aéroport de Sarajevo. Les liaisons aériennes vers Sarajevo étant suspendues, nous avons pris des dispositions pour nous rendre à Belgrade et embarquer à bord du convoi de ravitaillement français à destination de Sarajevo.
Nous avons quitté Belgrade le 8 septembre vers 5 h 45, à l'arrière d'un camion de l'armée française. Le paysage était magnifique tout au long du trajet, mais un peu éprouvant pour le postérieur après 12 heures de route. Le commandant du convoi français avait ordonné que les bâches des camions soient relevées afin que les forces présentes le long de la route puissent voir qu'ils transportaient des observateurs non armés – et ainsi éviter, espérons-le, des tirs isolés sur le convoi.
Lorsque nous sommes finalement arrivés sur la route d'accès à l'aéroport de Butmir (la fameuse Butmir 500) en fin d'après-midi ; nous avons arrêté, en attendant l'autorisation de traverser, il est devenu évident que nous étions tombés au beau milieu d'une opération de reconnaissance menée par une unité des Forces de défense territoriale bosniennes (TDF) en direction de Lukavica. J’ai baissé les yeux vers les broussailles et j’ai vu un des soldats des TDF mettre son doigt sur ses lèvres comme pour dire « chut » et me faire un clin d’œil. Des tirs d'armes légères ont alors éclaté, faisant deux morts et trois blessés parmi les soldats français. Par chance, malgré le sifflement des obus tout autour de notre véhicule, aucun soldat de l'ONU n'a été touché ; les bavettes du camion ont probablement permis d'éviter des morts et des blessés. Le convoi a ensuite traversé immédiatement l'aérodrome et nous nous sommes abrités dans les lignes du bataillon français jusqu'au lendemain matin.

Figure 4 -Convoi de ravitaillement français de Belgrade à Sarajevo, le 8 septembre 1992.
Le reste du mois de septembre fut un tourbillon de rotations entre le bâtiment des Postes, Télégraphes et Téléphones, le QG de Papa et les postes d'observation, le tout ponctué de bombardements incessants sur la ville. Vers la fin du mois, j'appris que j'allais être muté au QG de l'UNMO à Zagreb en tant qu'officier d'information, après mon prochain congé. Mais auparavant, je devais me rendre au secteur nord de l'UNMO pour assurer l'intérim à Topusko en attendant l'arrivée des nouveaux agents.
Le 24 septembre, j'ai pris l'avion pour Zagreb, et puis j'ai rejoint Topusko en voiture en passant par Petrinja. Deux des officiers de liaison des Nations Unies (Bo Loggarfve, Suède, et Jimmy O'Neil, Irlande) facilitaient un échange de corps entre les forces serbes de Krajina et celles de Bosnie-Herzégovine. Cependant, l'arrivée des Serbes sans les corps des musulmans a accru les tensions dans la région. Le 27, Bo et moi avons pris la route, escortés par un Dutchbat (?), pour rencontrer le commandant serbe local, récupérer les fossoyeurs et superviser l'exhumation et le transfert des huit soldats bosniens. Le lendemain, je suis parti en congé pour une semaine et ensuite rejoint mon nouveau poste au QG de l'UNMO.
Zagreb –Chargé d'information de l'UNMO
Après un bref passage dans le secteur Nord en fin septembre 1992 et une semaine de congé, j'ai été muté au QG de l'UNMO à Zagreb en tant qu'officier d'information sous les ordres du général Bo Pellnas, Observateur Militaire en Chef. Ce poste était distinct de celui du Bureau d'information militaire de la FORPRONU, car nous nous concentrions sur les zones où les Observateurs Militaires de l'UNMO étaient déployés et patrouillaient.
Ma première tâche consistait à transformer le bureau existant en un centre d'analyse afin d'établir un tableau plus précis de la situation et de la localisation des forces opposées dans nos zones de responsabilité. Cela impliquait la mise en place de cartes et de calques de talc montrant les unités (forces de l'ONU et forces adverses), les frontières, les incidents, les mouvements, les mines, etc., et leur mise à jour à partir des SITREPs de l'UNMO. J'ai rapidement été rejoint par deux Kenyans très compétents : le capitaine de l'armée de l'air Francis Ogolla (futur chef d'état-major des armées du Kenya) et le lieutenant de la marine Jimmy Walker, et ensemble, nous avons pu mettre le bureau en service en un temps record. Les informations que nous avons fournies complétaient celles des bataillons sectoriels et ont apparemment été appréciées tant par le QG de l'UNMO que par le commandement de la FORPRONU pour leur rapidité et leur exactitude.

Figure 5 - Remise de la médaille de la FORPRONU par le général Pellnas, octobre (?) 1992
L'un des avantages d'être un officier d'information était que je pouvais me rendre dans les autres secteurs pour évaluer la situation sur le terrain et obtenir des informations plus précises que les communications non sécurisées empêchaient. Nous (moi et au moins une autre personne du QG de l'UNMO) nous rendions généralement en voiture, sans escorte, dans les zones protégées et sûres pour y retrouver les UNMO là-bas. De ce fait, j'ai pu voir une bonne partie de l'ex-Yougoslavie, notamment des endroits comme Erdut et Vukovar dans le secteur Est (Slavonie orientale) ; Daruvar, Pakrac et Lipik dans le secteur Ouest (Slavonie occidentale) ; Topusko, Karlovac dans le secteur Nord. De l'autre côté de la frontière, en Bosnie, nous avons visité Tuzla, Banja Luka et Bihac, ainsi que de nombreuses localités intermédiaires.

Figure 6 - Graphique tiré de de.wikipedia.org
Deux de ces visites m'ont particulièrement marqué. La première était une mission d'escorte pour le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme, Tadeusz Mazowiecki, ancien Premier ministre de Pologne, le 20 octobre 1992, lors de sa visite au camp de personnes déplacées musulmanes/croates de Trnopolje, près de Prijedor, et au centre de réfugiés serbes de Banja Luka.
La différence entre les installations de Trnopolje et de Banja Luka était flagrante. Les internés musulmans et croates bosniaques du camp de Trnopoljeont subi de graves violations des droits de l'homme et dormaient dans un gymnase non éclairé, sur des couvertures ou des tapis posés sur de la paille infestée de poux et de puces, ainsi que dans les couloirs d'autres bâtiments. Pour certains, cependant, c'était préférable à la vie hors du camp, où le harcèlement pouvait être imprévisible et mortel. Les réfugiés serbes et les personnes déplacées originaires d'autres régions de Bosnie et de Croatie ont trouvé des conditions bien meilleures au centre de réfugiés de Banja Luka, sous contrôle serbe de Bosnie.
En août 1992, des journalistes avaient révélé au monde entier l'existence des camps d'internement de Prijedor à Omarska, Keraterm et Trnopolje, ce qui avait entraîné l'intervention de la Croix-Rouge internationale. Omarska avait apparemment fermé ses portes au moment de notre visite et Trnopolje un mois plus tard, en novembre 1992.

Figure 7 - Trnopolje, le 20 oct. 92 avec le lt(M) Jimmy Walker de l'UNMO Kényan.

Figure 8 - M. Mazowiecki SR pour les droits de l'homme Trnopolje, le 20 octobre 92.
La deuxième visite qui m'a particulièrement marqué fut celle du réveillon du Nouvel An 1992. Nous, les UNMO qui n'étions pas en congé, sommes restés à Zagreb pour travailler pendant les fêtes. Quelques jours avant le 31 décembre 1992, un autre UNMO et moi-même avons été chargés d'apporter un générateur de remplacement au bureau de l'UNMO à Bihac.
Le matin du 31, j'ai chargé le véhicule avec le générateur, de nombreux paquets de Marlboro (un brise-glace efficace aux points de contrôle), quelques rafraîchissements pour l'équipe et j'ai conduit jusqu'à Bihac. Étonnamment, les points decontrôle étaient grands ouverts partout, sauf à l'un des postes serbes de Bosnie. Les mines avaient été déplacées sur le bas-côté et les barrières levées. On aurait dit que tout le monde avait décidé de prendre congé pour préparer le réveillon du Nouvel An.
Après avoir déchargé le générateur, il a été décidé que je resterais sur place pour la nuit, car je ne pourrais pas rentrer à Zagreb avant la tombée de la nuit. Un des membres de l'UNMO (Riyad, de Jordanie ?) a préparé un excellent repas et nous avons ensuite participé à l'agrandissement du sapin de Noël du bureau en utilisant des matériaux recyclés et durables.
Les célébrations du Nouvel An ce soir-là furent parmi les plus bruyantes que j'ai jamais vues. Impossible de distinguer les tirs festifs des bombardements réguliers, à l'arme légère et lourde, qui s'abattaient sur la ville. En revanche, je me souviens que le matin du 1er janvier 1993 fut relativement calme et que même le poste de contrôle des Serbes de Bosnie ne nécessitait qu'un simple signe de la main.

Figure 9 - Sapinde Noël UNMO Bihac, le 31 déc. 92
Retour àSarajevo : Équipe de réparation des services publics
Le 12 janvier 1993, je suis retourné à Sarajevo à bord d'un avion russe IL-76 Candid loué à l'ONU. Étant donné mon GPM (82A), c'était assez intéressant de voir et parfois de voyager à bord d'anciens transports soviétiques. Cependant, ce voyage a réservé une surprise de taille, offerte par l'un des agents militaires russes des Nations Unies. Peu après le décollage, on m'a demandé si je voulais voler au poste de navigateur, à l'avant de l'appareil. Ma réponse fut un oui enthousiaste. J’ai vite compris que je n’étais pas censé m’asseoir dans le siège du navigateur (il allait avoir besoin de cette place), mais m’allonger à plat ventre sur la plaque de plexiglas elle-même. Je l'ai fait avec plaisir et j'ai pris autant de photos que possible pour le reste du vol (en voici quelques-unes).

Figure 10 - Le trajet - IL-76 Candid.

Figure 11 - La vue.

Figure 12 - L'atterrissage.
L'équipe de réparation des services publics Papa UNMO à Sarajevo était chargée d'escorter les équipes techniques civiles et d'assurer la liaison et les communications sur place lors des réparations d'eau, de gaz et d'électricité dans toute la ville. Nous nous positionnons à proximité du lieu de travail des techniciens afin de montrer le drapeau de l'ONU à tous ceux qui pourraient nous observer et de prouver que les ouvriers effectuaient des réparations approuvées par toutesl es parties.

Figure 13 -Réparation électrique Pylône n° 10 (Jezero ?) Sarajevo, janvier 93.
Figure 14 - Réparation des services publics à Kovacici près du pont de Vrbanja, mars (?) 1993.
L'ingénieur militaire de la FORPRONU basé dans le bâtiment des Postes, Télégraphes et Téléphones a priorisé et planifié les missions de réparation en coordination avec l'officier de liaison serbe de Bosnie et le commandement bosniaque. Pour les missions situées dans des zones à haut risque sur les lignes de front, il organisait le transport depuis l'un des bataillons de l'ONU en ville ou ,occasionnellement, depuis Kiseljak. Pour les missions moins risquées, nous transportions le technicien dans un véhicule de l'UNMO. Malgré la planification, la coordination et les précautions prises, les missions de réparation étaient assez fréquemment la cible de tirs de snipers et de tirs antiaériens.
Lorsque nous n'étions pas en mission de réparation, il nous arrivait d'être chargés d'accompagner l'observateur militaire principal ou d'autres membres du personnel à des réunions en territoire serbe de Bosnie, à Pale ou Lukavica, ou encore d'aller chercher des provisions à Kiseljak. Les trois mois, de janvier à mars, passèrent très vite et, en avril, j'ai été muté à mon quatrième et dernier secteur. Il était temps pour moi de quitter Sarajevo une dernière fois et, franchement, j'étais prêt.

Figure 15 - Jour du départ - avec le major Kent Carswell pour me dire au revoir.
Dubrovnik / Prevlaka
Après quelques jours au QG de Zagreb, un autre UNMO m’a conduit en direction de Dubrovnik, en Croatie. La route côtière, bercée par les douces brises de l'Adriatique, fut un véritable élixir. Mon rôle était celui d'officier administratif/observateur auprès de notre QG situé à la Villa Orsula et de nos bureaux secondaires à Dubravkai, dans la zone frontalière avec la République serbe de Bosnie-Herzégovine et le Monténégro, ainsi que sur la péninsule de Prevlaka, dans l'ancienne base de l'Armée populaire yougoslave surplombant l'entrée de la baie de Kotor.
La péninsule de Prevlak a avait été désignée « zone bleue », interdite d'accès à toutes les parties au conflit. Notre mission consistait à surveiller, repousser (par la persuasion) et signaler toute incursion dans la zone d'exclusion de 100 mètres autour de la péninsule. Hormis quelques petits bateaux de pêche, il n'y a eu aucune incursion pendant ma visite. Les seuls autres habitants de Prevlaka étaient quelques chèvres, de nombreux serpents (dont la Poskok venimeux ou vipère à cornes), des chacals, des sangliers et une famille de sept bovins – un taureau, trois vaches et trois veaux – que les UNMO avaient affectueusement surnommés Boutros, Boutros et Ghali.

Figure 16 - Le troupeau de Prevlaka comprend 3 veaux affectueusement nommés Boutros, Boutros et Ghali.
Le site de Dubravka nécessitait des patrouilles en véhicule et à pied le long des frontières. Des coups de feu sporadiques ont été entendus, mais rien de comparable aux bombardements de Dubrovnik et de son aéroport l'année précédente.

Figure 17 - « Mexico City » était plutôt calme pendant ma visite.

Figure 18 - Bureau et logement de Dubravka.
Dubrovnik fut une occasion bienvenue de décompresser avant mon retour au Canada en juillet 1993. Je n'ose imaginer comment cela se serait passé si j'étais rentré directement de Sarajevo.
Je reste très reconnaissant envers les Forces canadiennes et ma branche pour l'opportunité qui m'a été offerte de servir comme Observateur Militaire des Nations Unies au sein de la FORPRONU. Cela a également suscité un intérêt pour l'ONU et le travail humanitaire, et en octobre 1994, j'étais observateur civil en mission de six mois auprès de la Conférence internationale sur l'ex-Yougoslavie (CIGY), basée au Monténégro. J'ai préparé un court texte sur cette mission brève et largement méconnue à l'occasion du 35e anniversaire des Balkans.
Merci
Wayne Nightingale Major (à la retraite)
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